La question revient à chaque fois qu’on gare un vélo électrique devant un café : « oui mais bon, c’est le moteur qui pédale ». En mai 2024, des chercheurs norvégiens ont réglé le débat de la seule façon qui vaille : ils ont équipé dix-neuf personnes d’un masque à analyse de gaz et les ont fait partir au travail sur leur propre vélo électrique, par leur itinéraire habituel.
Résultat : pédaler avec assistance demande plus d’effort qu’une marche rapide, et pas tellement moins qu’un vélo classique. Près de la moitié du trajet se passe même dans ce que les spécialistes appellent l’activité vigoureuse.
Pour comparer des activités aussi différentes que marcher, pédaler ou courir, les chercheurs utilisent une unité unique : le MET. Elle est plus simple qu’elle n’en a l’air.
C’est l’énergie que votre corps dépense au repos, assis sans rien faire. Voilà 1 MET.
Une activité à 4 METs vous fait dépenser quatre fois plus d’énergie qu’assis dans votre canapé. À 8 METs, huit fois plus.
Deux repères suffisent pour lire tout ce qui suit : 3 METs, c’est le seuil de l’activité modérée. 6 METs, celui de l’activité vigoureuse.
Sur cette échelle, un trajet quotidien en vélo électrique se situe à 5,9 METs. Voici où ça le place.

Mais le chiffre intéressant n’est pas celui-là. Il est dans ce que votre vélo électrique remplace.
L’essentiel en 30 secondes
En montée : 7,0 à 7,5 METs. L’assistance ne supprime pas l’effort, elle le lisse.
Cinq trajets par semaine couvrent environ les deux tiers des 150 minutes d’activité hebdomadaire recommandées par l’OMS.
Après quatre semaines, une étude de l’Université de Bâle conclut que l’effet sur la condition physique est comparable à celui d’un vélo classique.
Le point qui décide de tout : remplacer la voiture par un VAE fait gagner environ 550 minutes-MET par semaine. Remplacer un vélo musculaire par un VAE en fait perdre environ 200.
Ce que donne la mesure directe, relief par relief
L’étude norvégienne publiée en 2026 dans Frontiers in Sports and Active Living n’a pas interrogé les gens sur leur ressenti. Elle a mesuré leur consommation d’oxygène, la puissance développée aux pédales, leur fréquence cardiaque et leur position GPS, sur un vrai trajet domicile-travail d’environ 4 km et 10 minutes.
La consommation moyenne d’oxygène ressort à 20,8 ml par kilo et par minute, soit 5,9 METs. Et selon la façon de découper le trajet, 44 à 48 % du temps se passe au-dessus de 6 METs, le seuil de l’activité dite vigoureuse.
Le détail par relief est plus parlant encore :
- En descente : 4,6 à 4,8 METs. Intensité modérée, alors même qu’on ne force pas.
- Sur le plat : 5,5 à 5,9 METs. Toujours modéré, c’est le régime de croisière.
- En montée : 7,0 à 7,5 METs. Vigoureux, malgré l’assistance.
C’est contre-intuitif et c’est pourtant logique. L’assistance se coupe à 25 km/h et ne fonctionne qu’au pédalage : elle ne vous porte pas, elle vous accompagne. En montée, elle vous permet surtout de continuer à pédaler au lieu de mettre pied à terre — donc de rester en effort plus longtemps.
L’échantillon est petit, dix-neuf personnes, par temps sec et au-dessus de 15 °C, avec un seul trajet par participant. Les auteurs le disent eux-mêmes et signalent que leur groupe était probablement plus en forme que la moyenne. Ce n’est pas une vérité définitive, c’est la meilleure mesure directe disponible aujourd’hui.
Et ça fait combien de calories ?
La zone dans laquelle se place le vélo électrique — au-dessus de la marche rapide, en dessous du vélo musculaire — est exactement celle que visent les recommandations de santé publique : l’activité modérée à vigoureuse, celle des 150 minutes hebdomadaires préconisées par l’OMS.
En dépense énergétique, un MET équivaut grossièrement à une kilocalorie par kilo de poids corporel et par heure. Pour une personne de 75 kg roulant une heure à 5,9 METs, cela donne de l’ordre de 440 kcal. C’est une estimation, pas une mesure : votre poids, le relief, le vent et le niveau d’assistance choisi font varier le résultat du simple au double.
La vraie question : votre vélo électrique remplace quoi ?
C’est ici que tout se joue, et c’est le point que la question « est-ce du sport ? » rate complètement.
Une enquête menée dans sept villes européennes a comparé l’activité physique hebdomadaire des usagers de VAE et des cyclistes classiques. Les résultats, en minutes-MET par semaine, ne vont pas dans le sens qu’on attend :
- Usagers de vélo électrique : 4 463 minutes-MET par semaine
- Cyclistes sur vélo musculaire : 4 085 minutes-MET par semaine
Les utilisateurs de vélo électrique en font donc davantage, globalement. La raison est simple : leur trajet moyen est de 9,4 km contre 4,8 km pour un vélo classique, et ils sont en moyenne plus âgés — 48 ans contre 41. Une intensité un peu plus faible, étalée sur une distance deux fois plus longue, et pratiquée par des gens qui ne feraient peut-être pas de vélo du tout autrement.
Est-ce que ça améliore vraiment la condition physique ?
Mesurer l’intensité d’un trajet est une chose. Savoir si l’organisme progresse en est une autre.
Des chercheurs de l’Université de Bâle ont suivi, sur quatre semaines, des personnes utilisant le vélo pour aller travailler, les unes à assistance électrique, les autres sur vélo musculaire. Leur conclusion, publiée dans le Clinical Journal of Sport Medicine, tient en une phrase : le rôle du vélo électrique dans l’amélioration de la santé et de la condition physique est comparable à celui d’un vélo classique.
Les auteurs notent que les personnes en surpoids et non entraînées sont celles qui en profitent le plus. Ce qui se comprend : c’est précisément le profil pour qui un vélo classique représente une barrière à l’entrée, et pour qui l’assistance transforme un trajet impossible en trajet quotidien.
Combien de trajets pour être dans les clous ?
L’OMS recommande au minimum 150 minutes d’activité modérée à vigoureuse par semaine pour un adulte.
Sur la base de leurs mesures, les chercheurs norvégiens estiment que cinq trajets par semaine en couvrent environ les deux tiers, et qu’un navetteur régulier, qui fait l’aller et le retour, atteint autour de 90 % du minimum recommandé — sans mettre un pied dans une salle de sport, et sans y consacrer une minute de temps libre.
C’est probablement l’argument le plus solide en faveur du vélo électrique : il ne vous demande pas de dégager du temps pour faire du sport, il transforme en activité physique un temps que vous passiez déjà à vous déplacer.
Ce qui suppose de rouler toute l’année, y compris quand la météo s’en mêle. La question de l’équipement et de la sécurité par temps humide est traitée dans mon article sur le vélo électrique sous la pluie.
Augmenter l’effort sans renoncer à l’assistance
Si l’objectif est l’entraînement et pas seulement le déplacement, quelques réglages changent beaucoup.
Baissez d’un cran, pas de cinq
Passer du mode le plus fort au mode le plus faible du jour au lendemain est le meilleur moyen d’abandonner au bout d’une semaine. Descendre d’un niveau et tenir un mois produit un effet bien supérieur, parce que vous continuerez à le faire.
Cherchez les montées plutôt que de les éviter
Les chiffres norvégiens sont sans ambiguïté : la montée fait passer de 5,5 à 7,5 METs. C’est le seul paramètre de votre trajet qui double presque l’intensité sans rien vous demander d’autre que de choisir un itinéraire. Un détour de dix minutes par une côte vaut mieux que vingt minutes de plus sur le plat.
Jouez sur les vitesses, pas seulement sur l’assistance
Un braquet plus dur à cadence plus basse sollicite davantage les muscles ; une cadence élevée sur un braquet souple travaille le cardio. Les deux sont utiles, et ils sont gratuits. Beaucoup d’utilisateurs de VAE laissent la transmission sur le même pignon toute l’année et pilotent uniquement avec le bouton d’assistance.
Allongez plutôt qu’intensifiez
C’est tout l’enseignement des sept villes européennes : le gain vient de la distance et de la régularité, pas de la souffrance. Un trajet de 9 km fait cinq fois par semaine bat largement une sortie héroïque le dimanche.
Et pour perdre du poids ?
Les ordres de grandeur donnés plus haut — autour de 440 kcal par heure pour une personne de 75 kg — se traduisent assez directement. Un aller-retour quotidien de 40 minutes représente environ 300 kcal par jour, soit de l’ordre de 1 500 kcal sur une semaine de travail.
Ce sont des estimations, et elles ne disent rien de ce que vous mangez à côté. Mais elles montrent qu’un trajet quotidien pèse réellement dans une balance énergétique, là où une sortie hebdomadaire ne pèse presque rien. J’ai détaillé cet aspect dans mon article sur maigrir avec un vélo électrique.
Questions fréquentes
Le moteur ne fait-il pas tout le travail ?
Non, et c’est une question de conception. Un vélo à assistance électrique n’avance que si vous pédalez, et l’assistance se coupe à 25 km/h. Elle réduit l’effort sans le supprimer, ce que confirme la mesure : 5,9 METs, c’est au-dessus de la marche rapide. Les engins qui avancent sans pédaler ou au-delà de 25 km/h ne sont pas des vélos électriques au sens légal, un point détaillé dans mon guide sur la réglementation du vélo électrique.
Vaut-il mieux un vélo classique si je peux ?
Pour une même distance, oui, l’intensité est un peu supérieure. Mais la comparaison honnête ne porte pas sur une même distance : elle porte sur ce que vous ferez réellement. Un vélo électrique utilisé cinq jours sur sept bat un vélo musculaire qui reste au garage trois jours sur quatre.
Quels muscles travaillent ?
Les mêmes qu’à vélo classique : quadriceps, ischio-jambiers, mollets et fessiers en priorité, avec les gainages du tronc et le haut du corps sollicités en maintien. L’assistance change la charge, pas le mouvement.
À partir de quel âge ou quelle condition physique ?
L’âge moyen des usagers de VAE est de 48 ans, contre 41 pour les cyclistes classiques, et les travaux de Bâle pointent les personnes en surpoids et non entraînées comme principales bénéficiaires. C’est un outil d’entrée dans l’activité physique plus qu’un outil de performance. En cas de pathologie cardiaque ou articulaire, l’avis de votre médecin reste la seule réponse qui vaille.
Mon avis
Le débat « est-ce vraiment du sport » est mal posé depuis le début, et les chiffres le montrent bien. Personne ne demande si marcher jusqu’à la boulangerie est du sport, et pourtant c’est moins intense qu’un trajet en vélo électrique.
Ce que le vélo électrique fait vraiment, c’est supprimer les raisons de ne pas y aller : la côte au retour, la sueur avant une réunion, les 12 km qui paraissaient infaisables. Il ne remplace pas un entraînement structuré, et il n’en a pas la prétention. Il transforme un déplacement en activité physique, cinq jours par semaine, pendant des années.
La seule situation où il représente un recul, c’est si vous faisiez déjà les mêmes trajets sur un vélo musculaire. Dans tous les autres cas, et en particulier si vous venez de la voiture, le calcul est très largement en votre faveur.
Sources
- Riiser, Aadland & Nordengen — Intensité de l’effort en vélo électrique sur trajet domicile-travail, Frontiers in Sports and Active Living, 2026
- Université de Bâle — Le vélo électrique améliore la forme et la santé dès quatre semaines, Clinical Journal of Sport Medicine
- Bon Pote — Le vélo électrique fait-il faire plus d’exercice que le vélo classique ? (données sur sept villes européennes)
