Le Rich Bit TOP-022 est un fat bike électrique annoncé à 1 000 watts et 35 km/h. Ces deux chiffres suffisent à le faire sortir de la catégorie du vélo à assistance électrique, et avec elle de tout ce qui va avec : les pistes cyclables, l’absence d’assurance obligatoire, l’absence de plaque.
Le modèle n’est plus commercialisé, mais il circule toujours en occasion, souvent présenté comme un vélo électrique un peu plus puissant que la moyenne. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Voici ce que vous achetez réellement, et ce que ça implique si vous en possédez déjà un.
L’essentiel en 30 secondes
Les limites du vélo électrique : 250 W de puissance nominale, assistance coupée à 25 km/h, uniquement au pédalage. Le TOP-022 dépasse les deux.
Ce qu’il devient alors : un véhicule de la catégorie L, celle des cyclomoteurs — homologation, immatriculation, assurance, casque et permis AM.
Le vrai blocage : ce modèle n’a pas d’homologation. Il ne peut donc être ni immatriculé ni assuré comme un cyclomoteur, et il n’a aucun statut légal sur la voie publique.
Pistes cyclables : interdites.
En cas d’accident : pas d’assurance valable, donc les dommages causés à la victime sont à votre charge personnelle.
Pourquoi ce n’est pas un vélo électrique
Un vélo à assistance électrique répond à une définition stricte : moteur de 250 watts de puissance nominale au maximum, assistance qui se coupe à 25 km/h, et assistance qui ne fonctionne que pendant le pédalage. Les trois conditions sont cumulatives. Un engin qui en manque une seule n’est plus un cycle aux yeux de la loi.
Le TOP-022 en manque deux, et pas de peu : quatre fois la puissance autorisée, et dix kilomètres-heure au-dessus du plafond. Il bascule donc dans les catégories de véhicules motorisés définies au niveau européen. Au-delà de 25 km/h, celle qui est visée est celle du cyclomoteur, qui couvre les engins jusqu’à 45 km/h.
Cela signifie, sur le papier : homologation du véhicule, immatriculation avec plaque, assurance obligatoire, casque, et permis AM à partir de 14 ans. Plus de piste cyclable, plus de voie verte, plus de stationnement vélo.
Le vrai problème n’est pas la catégorie, c’est l’homologation
On pourrait croire qu’il suffit d’immatriculer la machine et de l’assurer comme un cyclomoteur pour être en règle. C’est là que ça coince.
Un véhicule ne peut être immatriculé que s’il a été homologué, c’est-à-dire s’il a reçu une réception conforme aux exigences de sa catégorie, avec le dossier technique qui va avec. Un fat bike importé et vendu comme vélo n’a jamais suivi cette procédure, puisque son fabricant le présente précisément comme un vélo.
Résultat : l’engin n’est ni un cycle ni un cyclomoteur régularisable. Il n’existe dans aucune case. Vous ne pouvez pas l’immatriculer, donc vous ne pouvez pas l’assurer en tant que cyclomoteur, donc vous ne pouvez pas rouler légalement avec sur la voie publique — ni sur la route, ni sur une piste cyclable.
💡 C’est exactement la situation dans laquelle se met quelqu’un qui débride son vélo : la machine change de catégorie sans pouvoir rejoindre la nouvelle. La différence, c’est qu’ici elle est sortie de l’usine comme ça. J’ai détaillé le mécanisme et ses conséquences dans mon guide sur le débridage d’un vélo électrique.
Ce que vous risquez concrètement
Le contrôle
Tant que rien ne se passe, le risque est celui d’un contrôle. Il est faible au quotidien, mais la puissance est inscrite sur l’étiquette du moteur et la vitesse se constate. Circuler sans assurance est un délit, passible d’une amende de 3 750 €, à laquelle s’ajoutent le défaut d’immatriculation et l’immobilisation possible de l’engin.
L’accident, qui est le vrai sujet
C’est là que la note devient incomparable. Si vous blessez quelqu’un avec un engin non assuré, les dommages corporels de la victime sont à votre charge personnelle. Le Fonds de garantie indemnise la victime à votre place, puis se retourne contre vous pour récupérer les sommes versées, sans plafond et sans limite de durée.
Sur un dommage corporel sérieux, on parle de montants à cinq ou six chiffres, qui vous suivent pendant des années. C’est la seule ligne de cette page qui mérite vraiment qu’on s’y arrête.
Et dans l’autre sens, pour vos propres blessures : à 1 000 W et 35 km/h vous n’êtes plus un cycliste victime mais le conducteur d’un véhicule à moteur, donc votre propre faute peut réduire votre indemnisation — ce qui ne serait pas le cas sur un vrai vélo.
Où vous pouvez rouler avec, légalement
Sur un terrain privé fermé à la circulation publique, avec l’accord du propriétaire. C’est tout, et ce n’est pas une boutade : un fat bike de ce type est parfaitement utilisable sur un terrain, un circuit privé ou une propriété. C’est simplement très loin de l’usage quotidien que promet une fiche produit.
Ce que valait le TOP-022 sur le papier
Pour ceux qui cherchent les caractéristiques du modèle, les voici telles qu’annoncées par le constructeur, avec ce qu’elles valent.
Moteur et batterie
Moteur de 1 000 W, vitesse maximale annoncée de 35 km/h, batterie lithium de 48 V et 17 Ah, soit 816 Wh. La fiche annonçait des cellules LG, information qu’il n’est pas possible de vérifier sur un modèle importé.
L’autonomie annoncée allait de 50-55 km en mode tout électrique à 60-65 km avec assistance au pédalage. Faisons le calcul : 816 Wh pour 65 km supposent une consommation de 12,5 Wh par kilomètre. Sur un fat bike équipé de pneus de 4 pouces, avec un moteur de 1 000 W et une vitesse de pointe de 35 km/h, la consommation réelle se situe plutôt entre 18 et 25 Wh par kilomètre. L’autonomie réaliste est donc de l’ordre de 33 à 45 km, et nettement moins si vous utilisez la pleine puissance.
Ce n’est pas scandaleux pour la catégorie — les gros pneus et la puissance se paient toujours en autonomie — mais l’écart avec l’annonce est réel. Ce qui use une batterie et ce qui la ménage est détaillé dans mon article sur la durée de vie d’un vélo électrique.
Cadre, suspension et freinage
Cadre en alliage d’aluminium, double suspension avant et arrière, pneus Chaoyang de 26 × 4,0 pouces, tige de selle réglable, guidon plat, pour des tailles annoncées de 165 à 195 cm.
Le point qui mérite attention : les freins à disque sont mécaniques, pas hydrauliques. Sur un engin capable de 35 km/h, chargé du poids d’une batterie de 816 Wh et de pneus de 4 pouces, c’est léger. Le freinage mécanique s’échauffe et perd en mordant dans les descentes longues, exactement là où la vitesse de cet engin le mènerait.
Équipement
Écran LCD affichant la puissance, la vitesse et le kilométrage, sept vitesses, support de téléphone avec port USB, éclairage à LED et garde-boue. Un équipement complet pour le segment, sans surprise dans un sens ou dans l’autre.
On vous propose un TOP-022 d’occasion
Le prix sera attractif, parce que le modèle ne se vend plus et parce que les vendeurs savent rarement ce qu’ils ont entre les mains. Avant de vous décider, posez-vous une question simple : où comptez-vous rouler avec ?
Si la réponse est « sur mon terrain », l’affaire peut avoir du sens, à condition de vérifier l’état de la batterie, qui est le poste coûteux sur ce genre de machine. Si la réponse est « pour aller au travail », vous achetez un engin que vous ne pouvez pas assurer, sur lequel vous ne pouvez pas emprunter de piste cyclable, et qui vous expose personnellement au premier accrochage.
Et dans tous les cas, demandez l’étiquette du moteur en photo avant de vous déplacer. La méthode complète est dans mon guide pour acheter un vélo électrique d’occasion.
Questions fréquentes
Puis-je le brider à 25 km/h pour être en règle ?
Limiter la vitesse ne change pas la puissance du moteur, qui reste à 1 000 W et dépasse donc toujours les 250 W autorisés. Et même à puissance réduite, l’engin resterait dépourvu d’homologation en tant que cycle. Un bridage logiciel ne crée pas une conformité qui n’a jamais existé.
Mon assurance habitation me couvre-t-elle ?
La responsabilité civile d’un contrat habitation couvre les dommages causés avec un cycle, pas avec un véhicule terrestre à moteur, qui relève d’une assurance spécifique et obligatoire. Vérifiez vos conditions générales : les véhicules motorisés y figurent presque toujours dans les exclusions.
Les fat bikes sont-ils tous concernés ?
Non, et c’est important. Un fat bike est d’abord un vélo à gros pneus. Il existe des fat bikes parfaitement homologués, à 250 W et 25 km/h, qui sont des vélos électriques ordinaires. Ce qui pose problème ici, c’est la puissance et la vitesse, pas la largeur des pneus. Les catégories et leurs obligations sont détaillées dans mon guide sur la réglementation du vélo électrique.
Comment savoir si le mien est dans ce cas ?
Regardez l’étiquette collée sur le moteur, dans le moyeu ou près du pédalier. La puissance nominale y est inscrite en watts. Au-delà de 250 W, ou si l’assistance continue de pousser au-delà de 25 km/h, vous n’êtes pas sur un vélo à assistance électrique, quelle que soit l’appellation commerciale.
Mon avis
Le TOP-022 est une machine qui tient la route sur le plan mécanique pour son prix, et je comprends parfaitement l’attrait : un fat bike double suspension avec 816 Wh de batterie, à un tarif sans équivalent chez les marques homologuées.
Le problème n’est pas le vélo, c’est le décalage entre ce qu’il est et ce pour quoi il est vendu. Personne n’achète un engin de 1 000 W à 35 km/h pour le garder sur un terrain privé. On l’achète pour aller travailler, et c’est précisément l’usage que son statut interdit.
Si vous cherchez un fat bike pour un usage quotidien, orientez-vous vers un modèle homologué à 250 W. Vous perdrez en sensations et vous gagnerez le droit de rouler. Si vous en possédez déjà un, vérifiez au minimum ce que dit votre contrat d’assurance avant votre prochain trajet.
