Le mLe Windgoo B20 a été retiré de la vente au Royaume-Uni en novembre 2024, après que l’autorité britannique de sécurité des produits a identifié un risque d’incendie pendant la recharge et constaté que le responsable du produit était incapable de fournir les documents prouvant sa conformité.
Ce petit vélo pliant à roues de 14 pouces s’est beaucoup vendu en Europe entre 2021 et 2024, souvent à moins de 500 €, et il continue de circuler sur le marché de l’occasion. Si vous en possédez un, ou si on vous en propose un, cette page est faite pour vous.
L’essentiel en 30 secondes
Ce qui a été décidé : l’Office for Product Safety and Standards britannique a publié un rapport de sécurité le 20 novembre 2024. L’annonce a été retirée par la place de marché concernée.
Le risque : incendie pendant la recharge, par emballement thermique de la batterie lithium-ion. Niveau de risque évalué comme moyen.
Le motif aggravant : absence de documentation prouvant la conformité aux exigences de sécurité, et notice d’utilisation incomplète.
Ce n’est pas un rappel : les exemplaires déjà vendus ne sont pas récupérés. Personne ne viendra chercher votre vélo.
La recommandation officielle : cesser immédiatement d’utiliser le vélo et se retourner vers le revendeur.
Ce qui s’est passé exactement
Le rapport porte la référence PSD 2410-0113. Il décrit un vélo électrique noir à petites roues rouges et noires, de marque Windgoo, modèle B20, fabriqué en Chine. Aucun numéro de lot ni numéro de série n’est mentionné : l’identification repose sur la marque et le modèle, donc tous les B20 sont concernés.
Deux choses sont reprochées au produit, et il faut les distinguer parce qu’elles n’ont pas le même poids.
La première est le risque d’incendie à la recharge. Une batterie lithium-ion qui part en emballement thermique monte en température de façon incontrôlable jusqu’à l’inflammation, et ça se produit le plus souvent pendant la charge, c’est-à-dire la nuit, dans un couloir ou un garage, sans personne pour s’en apercevoir.
La seconde est plus large : le responsable du produit n’a pas pu présenter les documents attestant que le vélo répondait aux exigences essentielles de sécurité, et la notice fournie ne contenait pas toutes les informations obligatoires. Ce n’est pas le résultat d’un essai raté, c’est l’absence du dossier qui aurait dû exister avant la mise en vente.
Conséquence pratique : l’annonce a été retirée par la place de marché, et le gouvernement de Jersey a publié son propre avis de sécurité dans la foulée. En revanche, aucun rappel des exemplaires déjà vendus n’a été ordonné. C’est la différence entre un retrait de la vente et un rappel, et elle vous concerne directement : vous ne recevrez ni courrier, ni appel, ni proposition d’échange spontanée.
Je n’ai trouvé aucune entrée correspondante sur RappelConso ni sur le portail européen Safety Gate. Je ne peux pas affirmer qu’il n’y en a pas, mais si c’est le cas, un propriétaire francophone n’a aujourd’hui aucune information officielle dans sa langue.
Vous possédez un Windgoo B20
La recommandation de l’autorité britannique est sans ambiguïté : arrêter d’utiliser le vélo immédiatement. Si vous choisissez malgré tout de continuer à rouler avec, il y a au minimum trois réflexes à adopter.
- Ne chargez jamais la batterie sans surveillance, et surtout pas la nuit. C’est le moment où le risque est le plus élevé et où personne ne peut réagir.
- Ne chargez pas dans un couloir, une cage d’escalier ou devant une porte. Un départ de feu à cet endroit vous coupe votre propre sortie.
- Arrêtez tout si la batterie gonfle, chauffe anormalement, siffle ou dégage une odeur. Ce sont les signes qui précèdent l’emballement. Sortez-la du logement si vous pouvez le faire sans la manipuler brutalement.
Pour la suite, contactez le revendeur chez qui vous l’avez acheté, pas le fabricant. C’est le vendeur qui est votre interlocuteur légal, et un produit retiré de la vente pour défaut de conformité aux exigences de sécurité est un argument solide. Gardez la facture, et mettez votre demande par écrit.
💡 Si vous vous débarrassez de la batterie, elle ne va pas à la poubelle ni au tout-venant. Une batterie lithium-ion suspecte se dépose en déchetterie ou dans un point de collecte prévu pour les batteries, en signalant son état au personnel. Une batterie endommagée jetée avec les ordures ménagères met le feu au camion de collecte, et ça arrive régulièrement.
On vous propose un B20 d’occasion
Passez votre chemin. Le prix sera attractif, justement parce que le modèle ne se vend plus, et c’est exactement la raison de ne pas l’acheter. Vous récupéreriez un vélo dont le dossier de conformité n’a jamais été produit, sans aucun recours auprès d’un fabricant qui s’est effacé du marché européen.
Le cas est d’ailleurs un bon rappel de ce qu’il faut vérifier avant de payer quoi que ce soit entre particuliers : l’historique du modèle, pas seulement l’état apparent de la machine. J’ai détaillé la méthode complète dans mon guide pour acheter un vélo électrique d’occasion.
Vous voulez revendre le vôtre
C’est la question que personne n’aime poser, et la réponse est de ne pas le faire.
Vendre un vélo dont vous savez qu’il a été retiré de la vente pour risque d’incendie vous expose au titre de la garantie des vices cachés, qui s’applique aussi entre particuliers. Un défaut connu du vendeur et tu à l’acheteur est précisément ce que cette garantie vise. Si l’acheteur a un sinistre, le fait que vous étiez informé rend votre position très inconfortable.
Et au-delà du droit : vous transmettriez un risque d’incendie à quelqu’un qui dort chez lui, contre 200 €.
Ce que valait le B20 sur le papier
Pour ceux qui cherchent les caractéristiques du modèle, les voici, telles qu’annoncées par le constructeur — avec ce qu’elles valent réellement.
Moteur et vitesse
Moteur brushless de 250 watts, assistance coupée à 25 km/h. Ce sont les valeurs réglementaires du vélo à assistance électrique, donc sur ce point le B20 restait dans les clous de la catégorie cycle. C’est d’ailleurs le seul endroit où la conformité n’était pas en cause.
Une précision au passage, parce qu’on trouve encore l’erreur un peu partout : le B20 n’est pas un VTT électrique. Avec des roues de 14 pouces et un cadre pliant, c’est un vélo urbain de poche, conçu pour le trajet court et le dernier kilomètre. Aucun usage tout-terrain n’est envisageable.
Batterie et autonomie annoncée
La batterie est donnée pour 36 volts et 7,5 ampères-heures, soit 270 Wh. L’autonomie annoncée à l’époque allait jusqu’à 45 km.
Faisons le calcul, il est instructif. 270 Wh pour 45 km, cela suppose une consommation de 6 Wh par kilomètre. Sur un vélo à assistance électrique en usage urbain réel, la consommation se situe plutôt entre 8 et 12 Wh par kilomètre selon le poids du cycliste, le relief, le vent et le niveau d’assistance. Avec 270 Wh, on parle donc d’une autonomie réaliste de 22 à 34 km, et moins encore avec une batterie qui a quelques années.
L’écart n’a rien d’exceptionnel dans cette gamme de prix, mais il explique une bonne partie des déceptions rapportées sur ce modèle. Le sujet de l’usure des batteries et de ce qui la ralentit est traité dans mon article sur la durée de vie d’un vélo électrique.
Cadre, freinage et équipement
Cadre pliant en alliage d’aluminium, freins à disque à l’avant et à l’arrière, écran LCD affichant vitesse, distance et niveau de batterie, éclairage à LED, et une connexion Bluetooth vers une application dédiée. Sur le papier, un équipement correct pour le segment.
Les roues de 14 pouces restent la limite structurelle de l’engin : elles encaissent mal les nids-de-poule et les bordures, et le comportement devient nerveux dès que la chaussée se dégrade. C’est le compromis assumé de ce format, pas un défaut du modèle en particulier.
Le vrai enseignement : le dossier de conformité
Ce qui a coulé le B20 n’est pas une pièce défectueuse identifiée sur un lot précis. C’est l’incapacité à produire, sur demande, les documents qui prouvent que le vélo a été conçu et testé selon les exigences applicables.
Ce dossier existe chez les constructeurs sérieux et il est fourni sur demande. Quand une marque ne peut pas le sortir, cela ne signifie pas automatiquement que le produit est dangereux, mais cela veut dire que personne n’est en mesure de démontrer qu’il ne l’est pas — et sur une batterie lithium-ion de 270 Wh qu’on branche chez soi toutes les nuits, c’est une différence qui compte.
C’est aussi la raison pour laquelle je regarde systématiquement l’étiquette moteur et le statut d’homologation sur les vélos que je teste. Les catégories, les puissances et les obligations qui vont avec sont détaillées dans mon guide sur la réglementation du vélo électrique.
Questions fréquentes
Mon B20 a toujours bien fonctionné, dois-je vraiment arrêter de l’utiliser ?
Un emballement thermique ne se signale pas à l’avance par une baisse de performance. Un vélo qui roule parfaitement depuis deux ans n’apporte aucune garantie sur le comportement de sa batterie à la prochaine charge. C’est précisément ce qui rend ce type de défaut difficile à prendre au sérieux.
Puis-je simplement remplacer la batterie ?
En théorie oui, à condition de trouver une batterie compatible et correctement certifiée, ce qui est devenu difficile sur un modèle que le constructeur ne suit plus. Comptez le prix d’une batterie de remplacement face à la valeur résiduelle du vélo : l’opération a rarement du sens sur une machine achetée moins de 500 €.
Le retrait britannique s’applique-t-il en France ?
La décision est britannique et n’a pas d’effet juridique direct en France. Mais le défaut constaté porte sur le produit lui-même, pas sur une spécificité du marché britannique : c’est le même vélo, la même batterie et le même dossier manquant des deux côtés de la Manche.
Mon assurance habitation couvrirait-elle un incendie ?
C’est à vérifier dans vos conditions générales, au chapitre des exclusions. La question qui se posera est celle de votre connaissance du risque : un sinistre survenu après un avis public de sécurité, sur un produit que vous avez continué à charger chez vous, n’est pas une situation confortable face à un assureur.
Mon avis
Le B20 répondait à une vraie demande : un vélo électrique pliant, léger, sous la barre des 500 €, pour faire deux kilomètres jusqu’à la gare. À ce prix et dans ce format, les compromis sont inévitables et tout le monde le sait en achetant.
Le problème n’est pas là. Il est qu’au moment où une autorité a demandé les documents, il n’y avait rien à montrer. Sur un cadre ou une selle, on en sourirait. Sur une batterie lithium-ion de 270 Wh branchée toutes les nuits dans une entrée d’appartement, non.
Si vous en avez un dans le garage, le plus simple est d’arrêter de le charger et de contacter votre revendeur. Si vous en voyez un en occasion à 180 €, l’affaire est trop belle, et vous savez maintenant pourquoi.
Sources
Gouvernement de Jersey — B20 Electric Bike safety notice
Office for Product Safety and Standards — Product safety report Windgoo B20 (PSD 2410-0113)
